Perception de la France par les Vietnamiens
Les rues de Hanoï n’annoncent pas la couleur, mais les vieux manuels de français s’empilent encore dans les bibliothèques scolaires. À Hué, le calendrier des élèves épouse la logique hexagonale, héritage d’une histoire qui refuse de s’effacer. Ici, l’ombre de la France plane discrètement, mêlée à l’essor de l’anglais, alors que dans les couloirs des écoles, aucun autre pays européen n’a laissé une marque aussi persistante sur l’enseignement et l’administration.
Dans plusieurs familles, le bilinguisme franco-vietnamien traverse les générations. Les descendants d’intellectuels et d’anciens hauts fonctionnaires conservent, souvent sans ostentation, cette double culture. La France, pour eux, se décline sous de multiples facettes : parfois fascination, parfois détachement, souvent un mélange subtil de transmission, de souvenirs et de curiosité renouvelée au fil du temps.
Plan de l'article
Un héritage complexe : l’histoire partagée entre la France et le Vietnam
La relation entre la France et le Vietnam se lit dans chaque façade jaune patinée, chaque avenue bordée de vieux arbres. De 1887 à 1954, la présence française en Indochine a façonné Hanoï et Saïgon, aujourd’hui Ho Chi Minh Ville. L’architecture coloniale, les établissements scolaires, la langue administrative française : tout cela résiste, discret, mais insistant, dans le paysage urbain vietnamien.
L’année 1954 bouleverse la donne : les accords de Genève scellent la fin d’une domination, mais l’histoire ne se range pas au placard. Le français, même concurrencé par l’anglais, garde une place à part. Quelques milliers de Vietnamiens l’utilisent encore, héritiers directs ou nouveaux ambassadeurs d’un soft power renouvelé, notamment dans le monde universitaire ou diplomatique.
Ce dialogue se prolonge dans la vie culturelle. Cuisine, littérature, arts : le brassage ne cesse jamais. La baguette côtoie le phở, le café au lait s’invite à la table du petit-déjeuner. Les Vietnamiens francophones, eux, voient dans ce lien un outil, une mémoire, parfois une carte à jouer dans les échanges internationaux.
Voici deux exemples de la diversité de cette empreinte :
- Hanoï : là où la culture et la langue françaises irriguent encore la vie urbaine, de l’université à la librairie.
- Ho Chi Minh Ville : capitale économique, mais aussi centre d’une francophonie vive et revendiquée.
Au bout du compte, la culture franco-vietnamienne ne cesse de se réinventer, entre fidélité au passé, transmission familiale et adaptation aux défis d’aujourd’hui.
Quelles images de la France dans la société vietnamienne d’aujourd’hui ?
La France, pour les Vietnamiens, n’a pas qu’un seul visage. Dans les rues de Hanoï ou de Ho Chi Minh Ville, ceux qui ont grandi après les années 1990 voient surtout le chic parisien, la gastronomie, ou l’univers du luxe. Les générations plus anciennes, elles, évoquent la langue française : un signe distinctif, un souvenir d’école, parfois un avantage sur le marché du travail.
Cette perception s’appuie autant sur l’histoire que sur l’actualité. Les relations entre la France et le Vietnam se traduisent aujourd’hui par des partenariats universitaires, des projets économiques, et une collaboration scientifique de plus en plus visible. La diplomatie culturelle reste active, portée par des initiatives comme l’Organisation internationale de la francophonie, ou encore le Sommet de la francophonie à Hanoï en 1997, qui a marqué les esprits.
Dans les classes bilingues, le français continue de séduire. Promue par les autorités vietnamiennes pour sa dimension internationale, la langue de Molière fait de la résistance, même si la domination de l’anglais, et parfois du japonais ou du coréen, s’affirme dans l’enseignement et les médias.
Le soft power français, quant à lui, s’exprime à travers le cinéma, la littérature, les médias, qui circulent dans les réseaux vietnamiens et façonnent une image de raffinement et de créativité. Pour certains, la France reste lointaine, presque mythique ; pour d’autres, elle demeure une référence à la fois admirée et soigneusement observée.

Regards croisés : différences culturelles et rencontres entre Vietnamiens et Français
Lorsque Vietnamiens et Français se rencontrent, la conversation révèle vite des différences subtiles. D’un côté, la discrétion et le respect hiérarchique dominent ; de l’autre, la parole directe et l’habitude du débat. Ces écarts se manifestent lors des échanges universitaires, dans la conduite des affaires, ou simplement au détour d’un dîner partagé.
La table devient souvent un terrain d’entente. Partager un phở à Hanoï, découvrir un plateau de fromages à Ho Chi Minh Ville : ces gestes quotidiens sont des occasions de se comprendre, de s’apprivoiser. Pour un Français, voyager au Vietnam, c’est expérimenter une hospitalité faite de mesure et d’attention, loin des excès ou des effusions. Pour beaucoup de Vietnamiens, la France évoque à la fois l’élégance et une certaine réserve culturelle.
Ces échanges prennent forme autour de trois grands axes :
- Langue : la francophonie peut être vécue comme un héritage vivant ou perçue comme un simple formalisme.
- Valeurs : l’individualisme souvent associé à la France contraste avec la solidarité valorisée au Vietnam.
- Rituels sociaux : les codes du vivre-ensemble, l’importance du collectif, la perception du temps diffèrent d’un pays à l’autre.
Dans les quartiers internationaux de Hanoï ou de Ho Chi Minh Ville, ces contrastes enrichissent la relation plus qu’ils ne la compliquent. Le soft power français trouve là une force singulière : celle d’attiser la curiosité, d’inspirer ou de susciter le débat, parfois d’être imité, parfois de rester à distance. Entre mémoire, adaptation et invention, la France continue d’habiter l’imaginaire vietnamien, sans jamais s’y figer.