Des numéros qui ne se suivent pas, des propriétaires qui changent au fil des décennies, et une ordonnance de 1826 qui bouleverse l’agencement d’un quartier : la galerie Vivienne n’a jamais respecté les conventions. Son architecture ne répond pas aux standards haussmanniens, échappant à la symétrie imposée ailleurs dans la capitale.
Les restaurations successives ont fait coexister des époques et des influences rarement réunies sous une même verrière. Certaines marques d’origine subsistent, malgré les aménagements, défiant la logique d’un espace commercial figé dans le temps.
Passage Vivienne : un trésor caché au cœur des passages couverts parisiens
Au centre du 2e arrondissement, la galerie Vivienne file en toute discrétion entre la rue des Petits-Champs et la rue Vivienne, à deux pas du Palais-Royal. Ce passage couvert du XIXe siècle, ouvert en 1823, incarne tout ce que Paris sait proposer : raffinement, lumière, et cachet néo-classique. Imaginée par l’architecte François-Jacques Delannoy, la galerie déploie ses 176 mètres sous une verrière spectaculaire, offrant un écrin lumineux aux boutiques et galeries qui s’y côtoient dans une atmosphère feutrée, propice à la déambulation.
Depuis 1974, la galerie Vivienne figure à l’inventaire des monuments historiques. Impossible de confondre ses arcades sculptées, ses sols en mosaïque signés Giandomenico Facchina ou encore les décors floraux qui accrochent l’œil à chaque pas. Lieu chargé d’histoire, elle se dresse sur les vestiges d’un cimetière gallo-romain et porte le nom de la famille Vivien, notables parisiens du XVIIe siècle.
À quelques enjambées de la galerie Colbert, Vivienne s’impose comme un témoin du Paris commerçant du XIXe siècle, ayant traversé modes et bouleversements urbains. La restauration des années 1960 puis la rénovation de 2016 lui ont permis de conserver son allure, entre authenticité et élégance. On y trouve une plaque dédiée à Kenzo Takada, installée par Anne Hidalgo, mais aussi le souvenir du jumelage scellé en 2019 avec les Galeries royales Saint-Hubert de Bruxelles.

Quels détails architecturaux et anecdotes ne pas manquer lors de votre balade ?
À peine franchi le seuil, les mosaïques de Facchina s’imposent sous vos pieds. Elles déroulent un univers de volutes, de fleurs stylisées et de rosaces. Matières, couleurs, précision du geste : le sol de la galerie évoque un atelier d’art, entre héritage classique et inspiration italienne.
Sous la verrière, la lumière naturelle révèle les arcades et boiseries, jouant sur la symétrie des ouvertures et la générosité des volumes. Les arceaux s’enchaînent, ornés de guirlandes, cornes d’abondance et médaillons, autant de clins d’œil à l’ambition de Delannoy : façonner un espace de vie, d’échanges, protégé mais connecté à la ville.
Quelques repères méritent une attention particulière :
- La Librairie Jousseaume, institution du livre où Aragon et Colette trouvaient leur inspiration, et qui perpétue l’esprit littéraire du passage.
- L’ombre de Vidocq, ancien bagnard et chef de la Sûreté, dont la légende dit qu’il séjourna ici.
- Les souvenirs du Cosmorama et de l’Uranorama, cabinets de curiosités disparus, où les Parisiens d’autrefois découvraient des images du bout du monde projetées sur verre.
Chaque enseigne, chaque arcade, chaque détail résonne comme un écho de l’histoire parisienne et du foisonnement des passages couverts. Aujourd’hui encore, la galerie Vivienne demeure un lieu vibrant, où s’entrelacent art, mémoire et commerce, sous la lumière patinée de ses décors d’époque. S’y promener, c’est traverser le temps sans jamais perdre le fil de la ville.

